Avant, j'écrivais beaucoup. Jusqu'à l'indigestion. Au point de ne plus être capable de me répéter. Ou de ne plus en avoir envie. Du moins plus comme ça. Parce que je suis fatigué, c'est tout. Et que j'ai envie de me faire exister bien plus doucement.
Mais encore en 2004, je parlais des blogueurs, je parlais de sexe, j'essayais d'être drôle, je faisais de la musique aussi et je parlais même un peu d'amour.
En fait, on se parle assez peu. Souvent par monosyllabes. Tous les jours, sur mon trajet, je passe devant son lieu de travail. Je ne peux pas m'empêcher d'essayer de l'apercevoir. Parfois, il s'approche de la vitre et il fait des ronds avec la bouche. Parfois, je le vois faire des petits bonds. Et je trouve ça attendrissant. C'est tout à fait le genre de relation qu'on pourrait avoir avec un poisson rouge.
Alors, je voudrais savoir, Serge, est-ce que tu m'en voudras beaucoup si je t'appelle Bubulle ?
Le seul truc de Camus que j'ai lu un peu sérieusement, c'est Killing an Arab de The Cure. Mais son idée que c'était bien plus important de réussir sa mort que de rater sa vie (en gros) ça m'avait marqué quand j'étais petit.
La maladie ça craint. Sauf à la limite un cancer des testicules pour l'effet tragicomique. Et encore. Se crasher sous le pont de l'Alma comme Dodi et je sais plus le nom de sa bitch de l'époque, c'est spectaculaire mais bof. Pour l'instant, la plus belle mort dont j'ai entendu parler c'est quand même Michael Hutchence qui a réussi à se pendre à une poignée de porte. La grande classe.
Tout à l'heure, il y a un type dans une bagnole vintage qui regardait en l'air au lieu de regarder devant, juste au moment où je traversais en regardant en l'air au lieu de regarder devant. C'est vraiment passé pas loin et je m'apprêtais à laisser l'empreinte de mes semelles sur l'aile avant gauche du véhicule incriminé tout en beuglant "tu peux pas faire un peu gaffe, enculeur de maman ?!". Et puis j'ai reconnu le conducteur ce qui m'a calmé immédiatement et a assez rapidement remplacé la colère par le regret.
Car aujourd'hui, ma nécro aurait pu être : "...mort sur le bitume de la rue du Temple, le logo de la Mercedes-Benz de Joey Starr incrusté dans le front..."
Tous les matins, dans le RER de 7h43, il y a un groupe de gens un peu bizarres. Il y a six ans de ça, ils étaient déjà là. Ils se retrouvent toujours dans la même rame, celle de première classe.
Bien évidemment, la première classe dans le RER Transilien a été abolie en 1789, à peu près à la même époque où Bastille a cessé d'être un quartier branché et que le Barrio Latino a ouvert. Mais tout comme moi, ils choisissent cette rame parce qu'on y trouve des accoudoirs aux sièges comme vestige de l'ancien régime.
J'ai beau regarder leurs tronches, leur fringues et essayer de deviner ce qu'ils peuvent bien faire comme boulot, j'ai encore du mal. Mais ils parlent fort et vu le ton des blagues, je pense qu'il doit y avoir au moins deux secrétaires et un informaticien dans le tas.
C'est dans ces moments-là que je me dis que la mort de mon iPod est forcément une punition divine.
C'est grâce à un graffiti sur les murs du Grand Palais que j'ai appris que ce n'était pas la paresse qui était un péché capital mais l'acédie, ce qui n'est pas tout à fait pareil.
La corrolaire c'est que, bien que tout comme pheel je trouve les blogueurs particulièrement fatiguants, il est plutôt réconfortant de savoir qu'ils brûleront tous en enfer.
Jeune homme égaré en banlieue lointaine
cherche canapé parisien accueillant pour cette nuit.
Accompagnement au Pulp bienvenu.
Futons et clic-clac acceptés.
Echange contre se(r)vices sexuels possible
mais pas forcément souhaité.
Ecrire à la rédaction qui transmettra.
Tout a commencé le 23 novembre de l'année passée. Un soir ordinaire à Manchester : passer chez Somerfield acheter un truc à bouffer et quelques cannettes de John Smith, essayer de me rappeler chez quel épicier les clopes sont les moins chères, slalomer entre les clodo qui vendent The Big Issue, penser à regarder à droite en traversant pour ne pas encore me faire encore hurler dessus "foookin' idiot !".
La soirée soigneusement selectionnée par Craig, mon mentor ès-biture, est The Whip/Gossip/Performance en concert au Night&Day. Bon, je vais accélérer un peu parce qu'on va pas s'en sortir. Après les deux autres sets franchement bons, particulièrement celui de Gossip dont la chanteuse est un mélange assez détonnant entre Aretha Franklin et Kelly Osbourne (c'est à dire énorme, vulgaire et avec une pêche incroyable) Performance entre en scène.
Et là je vois arriver, peut-être pas le messie mais au moins mon personal-jesus : Joe Stretch. Déjà, il est gigantesque, il doit frôler les deux mètres. Il a les yeux tellement bleus qu'ont croirait des faux. Il se met à chanter, il grimace un peu on dirait presque que ça lui fait mal. Il est à la limite de la crise d'épilepsie, s'approche dangereusement du bord de la scène et martèle l'enceinte de retour avec le talon de son mocassin blanc. Ouai, Joe c'est un poète et il souffre.
Sans vraiment savoir comment, probablement le gène de la groupie qui s'est réveillé brutalement, je me retrouve avec lui après le concert. Je ne sais plus trop ce que je lui raconte, à chacun de ses sourires mes sous-vêtements deviennent un peu plus humides. La fille qui m'avait prêté du eye-liner un peu plus tôt, doit trouver aussi qu'on ferait un mignon petit couple et elle nous aspèrge avec son parfum. On sent la cocotte à 8km et c'est encore mieux comme ça.
Alors je ne vais pas tout raconter parce que c'est déjà un peu long. Mais si 2006 doit être quelque chose, moi je dis que 2006 sera Performance !
S'il y avait bien quelque chose qui avait tendance à m'insupporter chez les garçons que je pouvais rencontrer c'était leur foutue manie d'avoir toujours un ex envahissant dans le placard.
J'étais même assez fier de n'avoir dans mon unique placard que mes décomptes bancaires des années précédentes et quelques ampoules de rechange.
Il va m'être particulièrement difficile de ne pas me détester, maintenant.
Il est cancer... C'est il y a longtemps qu'il a entamé ce travail de destruction, lent mais méthodique. Lorsque je m'en suis aperçu, il était déjà bien tard. Il me rongeait complètement.
Maintenant, il est partout. J'étais tenté de l'imaginer insidieux et calculateur mais il est avant tout grossier et nuisible. Il pourrit tout ce qu'il touche.
Et ce qu'il me reste à faire, c'est d'attendre la phase terminale, de le regarder finir son oeuvre. Ou alors de commencer à amputer. Dans les deux cas, il a déjà gagné.