The nightmare before christmas
Il y a un truc qui est vraiment inaltérable c'est que je hais Noël. Chaque année c'est la même merde, pas moyen d'y échapper. Y en a qui ont la déprime hivernale, moi c'est la déprime préNoël. Je devais aller passer ce weekend prolongé à Etampes, avec ma mère et mon beau-père et peut-être d'autres bouts de famille. Faire semblant de trouver le saumon de chez Lidl vraiment bon et me venger sur le champagne de chez Aldi (qui est tout à fait correct, soit dit en passant). Surjouer le fils modèle comme l'année dernière en préparant tout et en faisant le service parce que même avec son nouveau fauteuil roulant électrique c'est pas très facile pour ma mère.
Sauf que là, le programme était un peu perturbé. La cuisine étant en travaux et à défaut de plaques de cuisson, de four et d'évier, ma mère avait accepté la gentille invitation de son ambulancière préférée à venir réveillonner chez elle et son amie. Franchement, passer le repas de Noël dans une cité du nord de l'Essonne avec mes parents et un couple de vieilles goudous, je trouvais ça génial.
Mais cette année mon flip de Noël a atteint son apogée. Alors que je devais aller faire une dernière course samedi matin et me mettre en route pour la banlieue sud, impossible de dormir et c'est seulement avec une dose généreuse de Mépronizine je finis par y arriver, pour ne me réveiller qu'à 20h. J'appelle pour m'excuser. Dimanche, c'est pareil mais juste en pire. Je ne veux même pas répondre au téléphone qui n'arrête pas de sonner. Je suis incapable de parler à qui que ce soit. Je me fais cuire des pâtes et passe chercher un film débile au Cinebank. Joyeux Noël.
Sur MySpace, je vois ce commentaire de Craig : "Christmas - it's enough to make you smoke crack, non? Enjoy/endure! (will message properly soon, promise) c x"
Ca me touche vraiment que ce soit cet ami de Manchester que je connais finalement peu et que je n'ai pas vu depuis un an qui ai pensé à moi.
Pour en revenir à la chronologie des événements, le réveil a été un peu musclé lundi. Vers 14h, j'ai entendu des grands coups et j'ai d'abord pensé que quelqu'un faisait des travaux dans l'immeuble. Et puis en émergeant un peu plus, je me suis rendu compte que c'était la porte de l'appartement qu'on martelait. Alors c'est en t-shirt et boxer que je me grouille d'aller ouvrir aux pompiers de Paris. Ca ressemble à un scénario de porno cheap mais c'était vraiment moins drôle en vrai. Si jamais je fais à nouveau faux bond à ma mère un jour, ne jamais mentionner avoir eu la main un peu lourde sur les somnifères la veille.
La scène est étrange parce que les pompiers, surtout leur chef, sont assez agressifs. Je les comprends un peu, ça doit être fatiguant de ramasser des cadavres toute la semaine. Mais le chef se comporte comme une racaille ou un mafioso, il essaie de me jauger et de jouer la pression psychologique. J'ai beau me confondre en excuses, il veut s'assurer qu'il ne s'est pas déplacé en urgence pour rien. Il me force le passage pour aller dans ma chambre et je vois bien que son regard marque un temps d'arrêt sur les canettes vides et les plaquettes de médicament éparpillées sur mon bureau.
Le temps d'arriver à convaincre un militaire de carrière que non, je ne suis pas conne au point d'essayer de me tuer avec du Doliprane, de l'Imodium et de la Leffe, j'ai largement le temps de me dire que je déteste vraiment Noël.
Sur le coup, j'aurais presque détesté ma mère pour ça aussi mais je ne peux m'empêcher de me souvenir de la fois où j'avais fait débarquer les flics chez mon père parce qu'il ne répondait plus au téléphone et que je savais que malgré un récent double pontage, il fumait et buvait toujours autant. En fait, comme il n'avait même plus besoin d'appeler l'assistante sociale, il ne s'était pas aperçu que son téléphone était décroché depuis plus d'un mois.
Il avait beau être une épave imbibée au Johnny Walker, échouée dans un studio miteux du centre-ville de Saint Etienne, il avait encore des restes de fierté futile et vraiment, faire débarquer les flics chez lui, il m'en avait beaucoup voulu. Du coup, quand quelques mois plus tard je n'avais jamais réussi à le joindre pour lui souhaiter un bon anniversaire, je n'avais pas insisté. Cette fois c'est les flics qui m'avaient appelé pour me demander de venir récupérer ses clefs et puis aussi son cadavre parce que la morgue débordait, cet été de canicule.
En fait je crois que c'est à cause de lui que Noël me fait autant flipper. J'en avais passé un avec lui et ma grand-mère paternelle en 90 ou 91. C'était l'époque où il habitait un duplex rue de la Gaieté, se faisait faire des Cerutti sur mesure, fumait des Dunhill International, achetait Vogue Homme et garait systématiquement sa BMW en double file. Bref, ce Noël-là, il avait pété un cable sans que je sache pourquoi. A un moment il s'était mis à hurler et à balancer tous les bouquins de mon grand-père partout et sur tout le monde. Ma grand-mère était partie le lendemain. Et pour le nouvel an, il s'était saoulé et m'avait traîné dans je ne sais plus quel hotel de luxe où il avait décidé de s'incruster. Il me faisait faire la bise à tout le monde, moi avec mon air niais et innocent, pendant qu'il pillait le bar. Je trouvais ça dégueulasse de devoir faire la bise aux vieux mais je ne lui en ai pas voulu parce que j'avais trouvé ça drôle quand les vigiles nous avaient escorté jusqu'à la sortie.
C'était l'été d'après qu'il avait pété définitivement les plombs, qu'il avait planté son boulot sans prévenir et qu'il m'avait pris sous le bras, direction Ibiza. Il avait prolongé le séjour jusqu'à ce que tous ses comptes en banques soient vides, je suppose. Il était absolument ingérable pendant mais j'avais l'habitude des sautes d'humeur. Et puis c'était mes premières sorties en boîtes. Quand je réécoute "get ready for this" des 2 Unlimited ou "the power" de Snap, j'ai des flashs de cet été là.
Quand on était rentré en France, il était à la rue, nos affaires et ses meubles dans des containers dont il n'a jamais pu payer la note et tout était donc parti aux ventes aux enchères.
Le temps d'arriver à convaincre les pompiers de partir de chez moi, j'ai eu le temps de repenser à tout ça. Et de me dire que c'est horrible à quel point je n'arrive pas à faire autre chose que de régler mon pas sur le pas de mon père (ceux qui ont vu le film avec Yanne et Cannet comprendront, ou pas). Heureusement que je n'ai jamais sérieusement lu Freud, sinon je suppose que je culpabiliserais encore plus.
Hier soir, j'ai pris le RER pour Etampes et je me suis endormi dedans. Un repas bricolé au micro-onde et beaucoup de blah-blah. Me suis couché puis me suis réveillé vers 4h30. Ma mère était réveillée aussi, alors j'en ai profité pour lui filer l'album de Gérard Darmon que je lui avait pris comme cadeau de Noël. Je ne savais même pas qu'il s'était mis sérieusement à chanter. En échange elle m'a filé un chèque. Même pas de quoi financer ma consommation mensuelle de Philip Morris mais ils sont fauchés ce mois-ci.
J'ai filé un petit coup de main pour les travaux de la cuisine avant de faire semblant de partir travailler. Au boulot, ils ont fini par en avoir marre que je déserte alors j'ai reçu la punition supreme, c'est à dire non pas me faire virer parce qu'ils ne doivent même pas encore avoir un script automatique pour faire un email de licenciement mais j'ai simplement été rétrogradé comme téléconseiller (lire : répondeur).
C'est pas très grave, les journées seront moins longues avec des clients qui me hurlent dessus, d'autant plus que je serai le seul à savoir que mon casque-micro a précédemment servi pour un live de Catherine Ferroyer-Blanchard. Et puis ce Noël, je crois bien que c'était le dernier que j'ai passé dans la terreur. Maintenant, j'ai un début de plan pour la suite. J'ai le coeur en Teflon et j'attends 2007 avec impatience.
26/12/06 - 20:19
2007 est l'année de la revanche.
lange